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Spectacle BLUE JEANS à la Coupole de Combs la Ville

Fondation Ellen Poidatz - 25/06/2017

Compte-rendu du spectacle vu par la classe de 3ème à la Coupole de Combs La Ville le 27/11/13 : Blue Jeans de Yeung Faï

 

Les jeunes ont été accompagnés par leur professeur de français, qui a choisi de leur proposer ce spectacle en lien avec une des thématiques étudiées en 3ème, soit "regards sur la société comtemporaine".

Les jeunes en parlent: 

" C'est l'histoire d'un couple de paysans chinois d'aujourd'hui qui a eu des jumelles: ils savent qu'ils ne pourront pas nourrir leurs deux filles, donc ils en vendent une (c'est une scène très poignante) et l'autre va grandir à la ferme jusqu'à ce qu'elle soit envoyée à la ville, à l'âge de 7/8 ans, pour qu'elle travaille dans une usine de fabrication de jeans. Les conditions de travail y sont pénibles: le rythme est inhumain, la pause repas quasi inexistante, la petite fille ne peut même pas aller aux toilettes ! Cette vie est tellement épouvantable qu'elle est épuisée. Une scène la montre en train de s'écrouler sur un tas de jeans de plus en plus important à repasser; elle rêve alors qu'elle combat des jeans maléfiques comme dans un jeu vidéo de Street Fighter (c'est un des rares moments de ce spectacle où l'on peut sourire...). Elle est finalement jetée dehors comme un mouchoir usagé parce qu'elle n'est plus productive et laissée pour morte dans la rue, sous une pluis battante.

 

C'est un spectacle qui dénonce l'exploitation abusive des femmes et des filles en Chine, montre la cruauté de leurs patrons qui en font des esclaves tandis qu'eux gagnent des millions sur leur dos de manière scandaleuse, presque dans l'indifférence internationale générale !

La scène était mobile: à plusieurs moments, une grosse meule circulaire en pierre occupe son centre. Elle est actionnée par le paysan qui tourne en rond et donne l'impression d'un labeur pénible qui l'épuise. 

Quand la meule n'est pas là, sont disposées des cloisons que les artistes font glisser en silence, sur lesquelles sont projetées des images vidéo, parfois très belles et poétiques (représentant des paysages de campagne, la maison des paysans), parfois effrayantes (la grande ville de Xintang, industrielle, très peuplée, polluée, bruyante...). On y voit aussi les extraits d'un reportage réel où des anciens employés témoignent des conditions de travail atroces et des mensonges qu'ils sont obligés de dire quand on les interroge officiellement.

Dans le spectacle, quatre êtres humaines manipulent des marionnettes à gaine (comme dans Guignol) ou Bunraku (qui ont une poignée au niveau du cou).

Même une "poule marionnette" apparait sur le plateau, mais dans une scène pathétique où la malheureuse mère des jumelles se fait picorer la poitrine par l'animal, devenue folle à cause de la perte de ses deux enfants.

Le dernier tableau est aussi poignant, puisqu'on y retrouve le Chinois faisant tourner sa meule, image récurrente, symbole du cycle de la vie. Mais tout à coup il reçoit sur le visage, puis le dos, une pluie noire visqueuse, image qui fait comprendre l'extrême pollution de la région. (Un extrait du documentaire projeté révèle cette menace concernant le monde entier, puisqu'il est clairement dit que dans les rivières, les usines déversent des produits très toxiques comme des métaux lourds, qui finissent par empoisonner les fleuves puis les océans.)

En conclusion, un spectacle "coup de poing" qui dénonce un exemple d'esclavage moderne, encore loin de nous géographiquement mais qui nous concerne tous, -puisque nous portons tous des jeans!- fable moderne visuelle à la fois poétique et politique qui émeut et ne peut que faire réagir !